IBM i (AS/400), c’est quoi ? Le système informatique de 1988 que tout le monde croit mort

Né en 1988 sous le nom d’AS/400, le système IBM i traite aujourd’hui encore, dans l’ombre, les commandes, les paies et les paiements de milliers d’entreprises à travers le monde. Loin du cliché de la machine poussiéreuse, la plateforme a sorti une nouvelle version majeure en 2025 et souffre surtout d’un mal très contemporain : la pénurie de spécialistes. Récit d’une longévité hors norme.

Par Sylvain AKTEPE  |  Montpellier, juin 2026

Il y a de fortes chances que vous ayez croisé un IBM i aujourd’hui sans le savoir. En réglant vos courses par carte bancaire, en recevant un colis, en consultant votre contrat d’assurance. Derrière une grande partie de ces opérations quotidiennes tourne un système informatique dont le grand public ignore jusqu’au nom, mais que les directions informatiques connaissent bien : l’IBM i, que les anciens appellent encore affectueusement « l’AS/400 ».

L’histoire commence le 21 juin 1988. IBM dévoile alors l’Application System/400, ou AS/400, un ordinateur de gestion destiné aux entreprises de taille moyenne, accompagné de son système d’exploitation, l’OS/400. Le pari des ingénieurs de Rochester, dans le Minnesota, est audacieux : livrer une machine où tout est intégré dès la sortie du carton. La base de données, la sécurité, les outils de développement et de sauvegarde ne sont pas des logiciels à installer, mais des composants natifs du système. Trente-huit ans plus tard, ce pari fonde toujours l’identité de la plateforme.

Un nom qui change, une philosophie qui reste

Entre-temps, le produit a changé plusieurs fois d’état civil, au point de semer la confusion. AS/400 en 1988, eServer iSeries en 2000, System i en 2006, puis IBM i depuis 2008, date à laquelle le système d’exploitation a rejoint les serveurs IBM Power, la gamme de machines professionnelles du constructeur. Quand un informaticien parle aujourd’hui d’un AS/400, il désigne donc, dans l’immense majorité des cas, un serveur Power moderne qui exécute IBM i. Le matériel a été renouvelé de fond en comble, le nom a évolué, mais la philosophie d’intégration totale n’a jamais bougé.

Cette continuité n’est pas qu’une affaire de marketing. Elle repose sur un choix d’architecture singulier : les applications ne dialoguent jamais directement avec le matériel. Elles s’adressent à une couche intermédiaire, la TIMI (Technology Independent Machine Interface), qui fait écran entre les programmes et les processeurs. La conséquence est spectaculaire : un programme écrit dans les années 1990 peut s’exécuter tel quel, sans la moindre réécriture, sur un serveur Power11 sorti en juillet 2025. Dans une industrie où l’obsolescence est la règle, cette compatibilité sur plusieurs décennies tient de l’exception.

La machine que l’on oublie, et c’est un compliment

Interrogez les administrateurs qui exploitent ces systèmes : beaucoup racontent la même anecdote, celle d’une machine qui tourne depuis des années sans incident notable, parfois reléguée dans un local technique dont plus personne n’a la clé. La fiabilité de l’IBM i est devenue proverbiale dans la profession. Elle s’explique par cette même architecture verrouillée, qui rend le système particulièrement résistant aux pannes logicielles comme aux attaques : les virus conçus pour les environnements classiques n’y trouvent tout simplement pas prise.

C’est précisément pour cela que la plateforme s’est imposée dans les secteurs où l’arrêt d’un système coûte cher, très cher : la banque, l’assurance, la grande distribution, le transport, l’industrie, l’agroalimentaire. Des entreprises qui n’ont aucune envie de jouer leur facturation ou leur logistique sur un coup de dés technologique.

Non, ce n’est pas une antiquité

Le malentendu vient souvent d’une image : celle de l’écran noir aux caractères verts, l’interface dite « 5250 », avec ses menus numérotés qui semblent surgir d’un autre siècle. Cette interface historique existe toujours, et les habitués la défendent pour sa redoutable efficacité. Mais elle ne résume plus du tout la plateforme.

L’IBM i de 2026 fait tourner du SQL, du PHP, du Python, du Node.js et du Java aux côtés du RPG, son langage historique, qui s’écrit désormais dans une syntaxe moderne dite « full free », lisible par n’importe quel développeur d’aujourd’hui. Le système expose des services web, dialogue en REST et en JSON, se connecte aux outils d’analyse de données et, depuis peu, aux briques d’intelligence artificielle.

IBM continue d’ailleurs d’investir massivement. La version actuelle du système, IBM i 7.6, est commercialisée depuis le 18 avril 2025. Sa nouveauté la plus attendue : l’authentification multifacteur intégrée nativement au système, une réponse directe aux exigences de cybersécurité des entreprises. Côté matériel, les serveurs Power11, lancés en juillet 2025, portent la plateforme, et la feuille de route publiée par IBM prévoit de nouvelles versions et un support qui s’étend au-delà de 2030. Autrement dit, les entreprises qui investissent aujourd’hui sur IBM i le font sur une technologie dont l’avenir est balisé.

Le vrai problème : trouver des bras

Le paradoxe de l’IBM i en 2026 n’est pas technologique, il est humain. La génération de développeurs et d’administrateurs formée dans les années 1990 et 2000 part progressivement à la retraite, tandis que les entreprises, elles, conservent et modernisent leurs applications. Résultat : sur le marché de l’emploi, la demande de compétences IBM i dépasse nettement l’offre.

Pour les candidats, la situation a quelque chose d’inhabituel dans l’informatique actuelle : des recrutements rapides, très majoritairement en CDI, des salaires qui se négocient bien et des perspectives d’évolution réelles. Et contrairement à une idée reçue, nul besoin d’un long passé technique pour s’y mettre. Chaque année, des personnes en reconversion, parfois venues de métiers sans aucun rapport avec l’informatique, deviennent développeurs IBM i opérationnels après quelques mois de formation intensive.

Et maintenant ?

L’IBM i ne fera jamais la une des journaux grand public. Il n’a ni l’aura des géants du cloud ni le vernis des startups de l’intelligence artificielle. Mais pendant que les modes passent, il continue de faire ce pour quoi il a été conçu il y a bientôt quarante ans : faire tourner, sans bruit et sans interruption, le cœur des entreprises. Dans un secteur obsédé par la nouveauté, c’est peut-être cela, finalement, la vraie modernité.

SE FORMER A L’IBM i

NOTOS, l’école de formation IBM i du Groupe Armonie basée à Montpellier, forme les entreprises et les particuliers à l’ensemble de la plateforme : développement RPG ILE full free, SQL et Db2 for i, CL, administration et exploitation IBM i, jusqu’à l’intelligence artificielle appliquée à l’IBM i. Les formateurs, reconnus par la communauté internationale (IBM Champions), accompagnent aussi bien la montée en compétences des équipes en place que les reconversions complètes. Catalogue et contact sur notos.fr.

Sylvain AKTEPE

Responsable Adjoint Formation NOTOS, IBM Champion 2025 et 2026